Merci Hellequin, pour la sublime photo. Nous aussi, faisons ressortir l'artiste sauvage qui est en nous.
 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  MembresMembres  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Fatal Games

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Fuchsia Groan
Mercurial Mood
avatar

Capricorne Dragon
Messages : 1058
Date d'inscription : 17/02/2010
Age : 40
Localisation : Au Cloaque des Carmélites.
Humeur : Endormie.

MessageSujet: Fatal Games   Ven 27 Aoû - 19:12

Fatal Games
(Heathers)
Réalisé par Michael Lehmann (1989).


Avec : Winona Ryder (Veronica Sawyer), Christian Slater (Jason "JD" Dean), Kim Walker (Heather Chandler/Heather n.1), Lisanne Falk (Heather McNamara/Heather n.2), Shannen Doherty (Heather Duke/Heather n.3), Carrie Lynn (Martha Dunnstock), Lance Fenton (Kurt Kelly), Patrick Labyorteaux (Ram) et Renée Estevez (Betty Finn).

Fatal Games est une petite perle d'humour noir dans l'univers du teen-movie. Le teen-movie est un genre assez particulier, côtoyant les cîmes (The Breakfast Club, Ferris Bueller's Day off ou Sixteen Candles, soit pratiquement toute la filmographie du regretté John Hughes) et le pire (American Pie, au hasard).
Considéré par la plupart des gens comme un sous-genre sans importance, le teen-movie est bien plus que ça : sous son voile de légèreté, il pointe du doigt les peurs et autres failles des adolescents, ces êtres à peine sortis de l'enfance et qui en ont gardé le caractère entier. Fatal Games est un teen-movie passé au vitriol, une fable, une satyre puisque tout y est à double tranchants. Les faits sont terribles... tout y est drôle. La force du film est de mélanger cet humour foncièrement noir avec la tristesse la plus crûe... de fait, on ne sait plus s'il faut pleurer avec eux, s'en moquer, ou piétiner les sensations de malaise inhérentes à l'adolescence, l'un des passages le plus difficiles d'une vie.


Veronica est une jeune fille qui aime écrire. Tous les soirs, la fenêtre ouverte, elle confie ses états d'âme à son journal. Son écriture est rapide, suivant le fil de ses pensées bouillonnantes. Veronica est comme les jeunes filles de son âge : elle aimerait être populaire dans son collège et le fait d'être membre honoraire des Heathers, le groupe le plus influent du lycée est une réelle aubaine. Mais Veronica est aussi plus lucide, plus mature que ses comparses... à force de cotoyer les Heathers, elle s'aperçoit qu'elle ne les aime pas. Elle n'aime ni leurs attitude, ni leur superficalité, ni leur méchanceté gratuite à l'égard de tous ceux qui différent de la masse. Un jour à la cafétéria, Veronica rencontre JD. JD est le marginal du lycée, mais il est aussi intelligent, il a des répliques assassines, il semble se ficher de tout. Veronica se reconnait en lui, JD voit presque instantanément qu'elle n'est pas comme les Heathers. Ils deviennent amants, se comprennent, sont complices. Veronica, prête à être intronisée dans le clan, se lasse. Quand elle dit à JD que le monde se porterait mieux sans ces trois filles, JD veut tout faire pour l'aider... et se décide à se débarasser de ces têtes d'oiseaux.


Fatal Games est une perle, cela je l'ai déjà dit.
De l'humour noir à foison. Le monde de l'adolescence n'est pas rose, il saigne sur les bords et renvoie son mal-être à la face des autres. Les adolescents ont toujours eu leur lot de problèmes, mais jamais ils ne furent exposés avec autant de précision que dans les années 80. Fatal Games montre le lycée comme un champ de bataille, où les adolescents restent entre eux sans aucune envie de voir les adultes interférer dans leurs plans, qu'ils soient parents, professeurs ou membre du clergé. Nous ne sommes pas dans un film de John Hughes même s'il lui emprunte beaucoup, nous sommes à la fin des années 80 et bientôt, les adolescents ne tairont plus leur malaise.
Les angoisses des adolescents sont les mêmes. Angoisse, revanche, rébellion.
Adolescents passe-partout, seul le jeu des couleurs nous permet, au premier abord, de ciseler leur personnalité. La première Heather porte le plus souvent du rouge, symbole du pouvoir. La seconde Heather porte du jaune, couleur de la lâcheté. La troisième Heather porte du vert, symbole de l'envie. Veronica porte du bleu qui est synonyme de tristesse quand JD est habillé de noir, la mort.
Certains d'entre eux souffrent de solitude, d'autres ne sont pas assez lucides pour le comprendre. Une seule chose est sûre : tout est illusion, illusion qui implosera par les actions même de JD et de Veronica.

L'illusion est aussi la gloire de ce passage étrange qu'est l'adolescence. A peine sortis de l'enfance, voilà ces jeunes gens qui se rêvent adultes. C'est aussi pour ça que les parents ou les professeurs sont si ridicules, voire inutiles. Cette idée est parfaitement expliquée à travers les personnages de Kurt et Ram, le leitmotiv du premier étant qu'il faut donner l'exemple... parce qu'ils sont les aînés. Conformité du lycée, ils ne peuvent plus faire ce que les autres, plus jeunes, font. Ils sont désormais des adultes et s'employent à agir en tant que tel.... et tant pis si ça n'est qu'un déguisement.
L'illusion repose (également) sur les liens d'amitié. L'amitié basée sur cette illusion n'existe pas.
On est amis parce qu'on se ressemble, comme Kurt et Ram, les deux stars de l'équipe de football. On est ensemble parce qu'on veut être populaire, comme les Heathers... et puis on est seul, éternellement, comme JD ou seul tout en sachant ce qu'est l'amitié, comme Veronica, et surtout Martha, la jeune fille obèse, la laissée pour compte et bouc-émissaire de la méchanceté des autres.
Le lycée est un champ de bataille, le néant, du vide qui ne demande qu'à être plein de la douleur des autres.
JD décide de donner vie aux fantaisies de sa bien-aimée... quand elle se contente d'en rêver. Par vengance, pour elle-même et aussi pour les autres (en particulier Martha qui fut le jouet d'une blague cruelle), elle voudrait faire quelque chose d'horrible comme... mélanger du lait à du jus d'orange et l'offrir à Heather numéro 1. Dans son monde encore enfantin, c'est tout ce que la jeune fille peut imaginer pour se venger. Pour JD, cela est inadmissible, il faut frapper un grand coup, il faut la tuer, l'empoisonner. Heather numéro 1 meurt, accidentellement, parce que Veronica n'avait pas l'intention de l'éliminer. Ils feront passer le crime pour un suicide. JD écrit une lettre d'adieu... Personne ne connait personne. Heather numéro 1 s'est suicidée parce que personne ne savait qui il était vraiment, personne ne savait qu'elle était bien plus que la jolie fille que tout le monde admirait. Qui la regrettera ? J'ai tué ma mailleure amie ! s'exclamera Veronica, encore dans le moule de l'illusion.
Autre illusion : avec cette lettre, JD réussit l'exploit de faire oublier aux autres l'ancienne Heather. Morte, elle devient encore plus populaire et chacun se lamente de n'avoir pu la comprendre à temps.


Pourtant, la mort est chez l'adolescent une figure abstraite.
Heather numéro 2 et 3 ne semblent pas regretter leur ancienne cheftaine ou pour de mauvaises raisons. Ou pour les bonnes... les autres se réjouissent d'avoir des heures de cours en moins, Veronica est mal à l'aise, même si Heather numéro 1 ne lui manque pas du tout et JD est heureux. Mais JD est jusqu'au boutiste. Le monde ne sera pas tranquille tant que les salauds et les garces seront vivants. Faux-semblants, car Veronica tentera toujours de faire l'impossible pour l'arrêter... mais sans jamais vraiment essayer. Ses idées morbides, sa lassitude, qu'elle ne soupconnait pas aussi violentes (ou bien est-ce le contraire ?) c'est en JD qu'elles trouveront refuge, c'est JD qui sera sa main, sans qu'à aucun moment la jeune fille ne le réalise.
Spoiler:
 



JD est le messager de la mort. Il est celui qui emmène le chaos dans l'école, il brise les codes. Est-il maléfique quand il se débarasse uniquement des méchants ? JD est le flou : est-ce qu'il tue par goût, par ennui, par jeu ? Pourtant, Veronica comprend que ce déluge de violence ne mène à rien, qu'une Heather sera toujours remplacée par une autre Heather... quand elle décide de s'arrêter, l'envie de sang de JD est arrivée à son paroxysme.
Malaise adolescent qui mène à la marginalité. JD ose. Il est fier d'être ce cavalier solitaire, fier d'être plus malin, plus réaliste que les autres, d'avoir souffert, cette souffrance lui donnant la lucidité, l'amertume et la force que les autres n'ont pas... et pourtant, il devient psychopathe, recréant le schéma paternel (dont le métier est de détruire les immeubles), dévoilant sa faille à travers la violence.


Les failles des autres se dévoilent, elles aussi, au fur et à mesure que les chansons contre le suicide affluent sur les ondes. Heather numéro 3, la plus passive, la plus idiote, prend finalement la suite de Heather n.1. Celle-ci éliminée, il n'y a plus rien pour l'arrêter. Pire, elle n'a plus besoin de son livre favori (Moby Dick) puisqu'elle a le pouvoir désormais. Heather numéro 2 n'est pas si méchante, mais elle souffre de solitude et cherche à se conformer aux désirs des autres. Si les autres se jettent sous une rame de métro, le ferais-tu ? est la question que lui pose Veronica, ce à quoi Heather répond "probablement", tout en sachant la bêtise dont elle fait preuve. De cette vague de faux-suicides, deux les mettront à execution : Heather numéro 2, vite arrêtée dans son geste et moins par envie que pour faire comme les autres et Martha qui se jettera sous les roues d'une voiture... mais ne verra pas son voeu exaucé.
La mort n'est rien. Partout sur les murs des chambres et dans les couloirs du lycée, des posters nous rappellent qu'il faut d'abord s'amuser. La mort n'est que la coupe dans laquelle les autres se lavent les mains et pleurent les larmes de la bienséance.


La dernière partie du film joue sur les codes du thriller, quand une fête donnée en l'honneur des disparus sera donnée dans le gymnase de l'école. Elle pourrait, de fait, paraître plus conventionnelle : il n'en est rien. Veronica, désormais décidée à arrêter JD, en apprendra finalement plus sur elle que sur personne d'autres. Que la violence ne mène à rien et qu'il faut rester soi-même... et tant pis si les autres ne nous aiment pas.
Spoiler:
 

La mort, le suicide, les angoisses passées au vitriol sur lesquelles on ironise... parce qu'on y rit beaucoup, que ce soit dans les dialogues parfois absurdes aiguisées comme la pointe d'un rasoir, dans la bêtise des uns, dans la nonchalance des autres (voire le passage terrible de la réunion des prifesseurs), le rire pour minimiser et oublier la tragédie, le rire, l'ironie et l'humour noir pour contrer le mal-être et l'incompréhension devant la société (ou personne ne connaitra jamais vraiment personne), la société ici, étant le lycée, comme le fait remarquer JD... et toujours sur l'illusion, le faux-semblant.
Fatal Games, sous ses aspects de comédie morbide, est un petit joyau.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://doll-house.forumactif.com
 
Fatal Games
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» piège fatal (Reindeer Games)
» aerographie/ pistolet games test
» Mantic Games
» Résultat Fatal four way
» Around The Border [TTT Fatal Team]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: L'antre de Méliès :: Pensées cinématographiques-
Sauter vers: